
Habiter à prix abordable : en quête d’un juste milieu
Le logement abordable nécessite de nouvelles solutions entre logements sociaux et privés. Grâce à la collaboration, à une conception intelligente et à une attention particulière à la durabilité, le logement reste accessible et abordable pour tous.
Maarten Lambrechts
Sébastien Jamar- Résidentiel
- Dynamiques sociales
Beaucoup de personnes ont aujourd’hui des difficultés à trouver un logement abordable et de qualité. La crise du logement montre qu’il est nécessaire de créer un segment intermédiaire entre le logement social et le logement privé. En travaillant ensemble, en concevant intelligemment et en accordant de l’attention à l’énergie et à la qualité, il est possible de maintenir un habitat abordable et viable pour les différentes phases de la vie.
Habiter est un besoin fondamental, mais dans de nombreuses villes, il devient de plus en plus difficile de se loger de manière abordable et qualitative. La crise du logement n’est pas un problème temporaire, mais un défi structurel. La hausse des prix du foncier et de la construction, le fossé croissant entre l’offre et la demande, l’évolution des modes de vie, l’accès de plus en plus difficile à la propriété, un parc de logements vieillissant et des normes environnementales plus strictes se renforcent mutuellement.
Un point de blocage important est l’absence d’une zone intermédiaire. Beaucoup de personnes restent coincées entre deux systèmes : des logements sociaux fortement subventionnés et un marché privé de plus en plus onéreux. Construire davantage de logements sociaux ne suffit pas. À Bruxelles, le système est sous pression : les coûts de construction augmentent, tandis que les revenus des ménages candidats au logement social baissent. A l’autre extrémité,
le marché privé est surtout régi par le rendement et la spéculation foncière.
« Il manque des solutions alternatives Si nous continuons à construire comme aujourd’hui, le problème ne sera pas résolu », explique Sébastien Jamar.
Son mémoire de master sur les modèles de location institutionnelle à Bruxelles étudie comment des formes intermédiaires peuvent émerger : un modèle qui n’est ni entièrement guidé par le marché, ni entièrement subventionné. Une piste possible réside dans la coopération entre partenaires publics et privés, avec comme base une définition claire de l’intérêt collectif.
« L’accessibilité ne se résume pas au prix, mais consiste à garantir à chaque citoyen un logement décent qui lui est abordable à tout stade de sa vie. Les performances énergétiques, les coûts d’entretien à long terme, la qualité de l’habitat et l’adaptabilité sont tout aussi importants. »
L’habitat devient ainsi une question systémique, dans laquelle les paramètres financiers, écologiques et sociaux sont abordés ensemble.
« L’accessibilité ne se résume pas au prix, mais consiste à garantir à chaque citoyen un logement décent qui lui est abordable à tout stade de sa vie. Les performances énergétiques, les coûts d’entretien à long terme, la qualité de l’habitat et l’adaptabilité sont tout aussi importants. » Sébastien Jamar
affordable living
Rôle de l'architecte
Le rôle de l’architecte évolue. Il devient un maillon entre porteurs de projets, pouvoirs publics et habitants. « Les architectes ne résoudront pas la crise du logement à eux seuls, mais ils peuvent contribuer à chercher l’équilibre et impacter positivement le processus de projet. »
C’est pourquoi Archipelago investit dans la recherche, l’expertise immobilière et les études de faisabilité. « Ainsi, nous pouvons réfléchir dès le début du parcours, au moment où les projets se dessinent encore et où les choix sont déterminants », explique Maarten Lambrechts. « Si nous nous limitons à concevoir et à obtenir des permis, notre impact reste limité. Nous voulons contribuer à définir les conditions qui rendent les projets réalisables. »
La faisabilité n’est pas seulement un exercice financier, mais une recherche d’équilibre entre coût, qualité et impact à long terme. « Nous devons faire plus avec moins, et avec ce qui existe déjà. Notre rôle consiste à préciser les paramètres et à comparer les scénarios avant que le projet ne soit figé, afin de rendre les choix objectifs et transparents », ajoute-il.

Paramètres
L’architecte agit ainsi comme médiateur. En rendant les paramètres explicites et en mettant les scénarios en regard les uns des autres, la faisabilité financière, l’impact social et les ambitions écologiques deviennent des arbitrages concrets plutôt que des positions abstraites.
1. Utiliser l’espace de manière intelligente
Le foncier représente souvent le poste le plus coûteux. C’est pourquoi l’on commence par examiner la construction compacte, la densification intelligente et la réutilisation de bâtiments existants. « Des espaces extérieurs partagés peuvent compenser des surfaces privées plus petites sans perte de qualité d’habitat. Nous considérons les règles d’urbanisme comme un cadre important, qui peut parfois être questionné. »
2. Maîtriser les coûts énergétiques
L’accessibilité implique aussi des coûts d’usage réduits. « Nous recherchons des solutions robustes avec un bon équilibre entre performances énergétiques, usage des matériaux et entretien. L’adaptation des constructions au climat actuel et futur, comme la protection solaire intégrée, peuvent limiter les besoins d’installations et donc les coûts futurs. »
3. Construire efficacement
La standardisation et la modularité réduisent à la fois les coûts d’investissement et les coûts d’entretien. Dans l’étude Papenhof, une trame structurelle a permis une composition flexible et rationnelle.
4. Respect de l’environnement
La faisabilité concerne également la qualité du cadre de vie et l’impact écologique. « Grâce à des comparaisons de scénarios et à des outils comme TOTEM, nous analysons l’impact environnemental, le carbone incorporé, la production de déchets et l’usage des matériaux en lien avec les choix financiers et spatiaux. »
5. Plus-value sociale
Un projet doit dialoguer avec son quartier et laisser de la place à l’appropriation.
« Un mix de logements abordables et de logements au prix du marché peut créer une marge de manœuvre financière. Des interventions spatiales sobres et bien pensées peuvent renforcer la vie communautaire. »

Exemples pratiques
Papenhof : accessibilité hybride
Au sein du Living Lab, on a étudié comment un modèle d’habitat coopératif peut rester financièrement réaliste. « Nous avons testé le nombre d’unités de logement et les volumes en relation avec la valeur du terrain, les loyers et les performances environnementales. La construction compacte, les jardins partagés et un système constructif modulaire ont permis de limiter les coûts sans perte de qualité. »
Site Haute : la rénovation comme choix
Pour ce projet de logement social à Bruxelles, la rénovation, la démolition partielle et la nouvelle construction ont été comparées. « Nous avons analysé la faisabilité financière, les performances énergétiques, les effets environnementaux via TOTEM, l’impact social et la qualité architecturale. En examinant tous les paramètres de façon collégiale avec les pouvoirs publics, le maître d’ouvrage a pu faire un choix clair et largement partagé. » L’étude de faisabilité n’est pas devenue un rapport technique, mais un instrument d’aide à la décision étayée.







